bertrand-môgendre 2008-10-29
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Sur la route de Kérouac associé à lnto the Wild de Sean Penn
Qu'ils soient vacataires à Tadoussac, locataires à Québec, étudiants à Montréal ou artistes à New York, chacun des jeunes gens rencontrés voue un véritable culte pour l'auteur de ce livre.
Pourtant, sans vouloir ternir cette part de rêve que l'imaginaire embellit, inutile de dissimuler la réalité d'une situation plus souvent précaire que jouissive.
Si l'esprit libre vaque au gré du vent, des saisons et des horizons nouveaux, le bonheur n'est pas au rendez-vous des nuits à morfondre sa solitude allongé au bord du chemin, car de l'est à l'ouest le bitume reste froid pour celui qui le côtoie, du nord au sud la neige apporte son lot d'humidité, d'engelures pourtant protégées par les chaussettes mouillées, la chaleur sa part de poussière et de soif.
Le regard froid de cet homme réaliste raconte la promiscuité des salles collectives où tu surveilles ton voisin inquiétant, au lieu de te laisser envahir par le sommeil réparateur. Pour éviter l'exclusion Kérouac affiche la nécessité vitale de trimer sans ménagement et tenter d'obtenir avec les équipes de saisonniers, un peu de confort trouvé au creux d'une baignoire ou entre les cuisses d'une femme inoubliable.
C'est drôle comment ces travailleurs ont la guérison facilitée par l'absorption d'alcool quelconque, ceux-là mêmes qui découvrent à chaque fois combien le cul de la bouteille se rapproche mystérieusement du goulot lorsque l'ivresse vient à bout de la fatigue, de la lassitude.
Si la liberté autorise le routard à rompre ses attaches à tout moment, elle sait lui rappeler à quel prix il faut la négocier.
Que cela ne vous empêche pas d'admirer le film de Sean Penn Into the Wild, car même enjolivée la désespérance ne doit rester qu'une étape à franchir.