earthlingonfire 2006-10-13
6 internautes sur 8 ont trouve ce commentaire utile :
Trois étoiles, c'est dur ! Certes, Du sang sur la lune et Parce que la nuit se caractérisent par la présence fascinante d'un "méchant" fou furieux et de ses crimes psychédéliques et ce n'est pas le cas dans La Colline aux suicidés (1984), où pendant longtemps il ne se passe rien de plus méchant que le braquage de deux banques. C'est qu'Ellroy a su renouveler son angle d'attaque, et brillamment. Aux deux tiers du roman, tous les éléments qu'il a patiemment mis en place entrent d'eux-mêmes en effervescence et the shit hits the fan!, tout part de travers, c'est reparti comme en 82 et 83 sur le rollercoaster de la mort angeleno. Certes, il n'y a ici ni Teddy Verplanck ni Dr John Havilland. Les personnages sont plus petits, plus triviaux. Tout le crime, toute la mort ne sortent pas du cerveau malade et génial d'un seul homme au centre du roman. Mais c'est justement la force de ce roman que ce soit plutôt une mécanique impersonnelle qui soit à l'oeuvre. Le sang, le mal ricochent dans toutes les directions, suivent des trajectoires imprévisibles. N'importe qui ou presque peut devenir un meurtrier, et c'est précisément son passé d'assassin qui rattrape Lloyd Hopkins par l'entremise du born again Christian fanatique Gaffaney. Il n'y a pas non plus d'histoire d'amour impossible pour Lloyd, Ellroy s'est débarrassé de ce ressort hérité de Chandler. La figure stéréotypée du meilleur ami, Dutch Peltz, s'efface aussi. La Colline aux suicidés est peut-être le plus âpre des trois Lloyd Hopkins, il est en tout cas indispensable aux amateurs d'Ellroy.