Véro 2008-09-21
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L'histoire n'est pas sans rappeler « Un amour noir » de Joyce Carol Oates où la narratrice relate les méandres de l'existence parfois singulière de sa grand-mère. Ici aussi, la petite-fille dévoile l'identité plus intime de son aïeule, ce qu'elle n'était pas parvenue à asseoir de son vivant au sein d'une famille convaincue de son aliénation, de cette folie qui éloigne l'amour. Le récit nous conduit en grande partie dans la Sardaigne d'après guerre où sa situation insulaire revêtait peut-être un caractère encore plus communautaire à ces époques. Ainsi, être quelque peu différent pouvait prendre des proportions telles qu'elles conduisaient à une mise en marge du reste de la communauté.
« Dans chaque famille, il y a toujours quelqu'un qui paie son tribut pour que l'équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s'arrête pas. »
Ce serait ainsi sa grand-mère qui dans sa famille aurait payé pour les autres car, selon certaines certitudes, le désordre doit s'emparer d'un des membres pour que les autres soient préservés.
La narration, à grands coups de retours sur le passé, couvre la vie d'une famille sarde sur trois générations depuis la seconde guerre mondiale.
Avec son mal de pierres (qui désigne les calculs rénaux), la personnalité « atypique » de la grand-mère conduit son entourage à considérer qu'elle doit venir de la Lune car ses aspirations, ses comportements se distinguent un tant soit peu du commun des habitants de l'île. Mariée contre son gré, elle a vécu toute sa vie de couple sans amour aux côtés d'un mari à qui elle consacrait toutefois des moments de sexe exaltés, histoire de lui faire économiser un peu de ce qu'il dépensait chez les prostituées. Cependant, dans cette vie de vide affectif, elle fit la rencontre du Rescapé avec lequel elle découvrit de réels émois amoureux qui agrémentèrent ses souvenirs tout au long du reste de sa vie.
J'avoue que j'ai vraiment été emportée par le ton, le style et la grâce de l'écriture de cette auteure qui m'a bien bluffée durant tout le récit. Car le tout dernier et très court chapitre renverse littéralement l'interprétation, totalement envoûtée jusque-là par l'influence manipulatrice de l'auteure.
Cet ouvrage est un bien subtil témoignage du pouvoir de l'écriture sur la fabulation de tout lecteur.
Un très beau livre, vraiment.